Rando au Pic des Neiges : on a testé ce jeu de société entre blogueuses voyage au pied du Mont Aiguille

Rando au Pic des Neiges : on a testé ce jeu de société entre blogueuses voyage au pied du Mont Aiguille

 Chez Grand Angle, agence de voyages spécialisée dans la randonnée et l'itinérance depuis 1983, on aime tester ce qui parle de montagne, surtout quand le décor s'y prête. Günther Lehmann et François Jourjon, du blog Randonner Malin, nous ont confié une boîte de leur jeu Rando au Pic des Neiges avec carte blanche pour le tester. Voici le récit d'une soirée entre blogueuses voyage, et ce qu'il en est resté le lendemain matin.

Une boîte ouverte au pied du Mont Aiguille

jeu de société randonnée au pic des neiges

Le décor d'abord. Nous étions huit dans le salon de l'hôtel Le Gai Soleil à Chichilianne, au pied du Mont Aiguille, à la veille d'une journée de marche sur les Hauts-Plateaux du Vercors. Une nuit entre passionnées du voyage à pied, l'occasion idéale pour ouvrir une boîte qui parle de notre terrain de jeu.

J'ai partagé la partie avec Catherine (Voyage Passions), Magali (Ma Globe Trotteuse), Marine et Clément (Marine et Clem), Caroline (Les Petits Plaisirs de la Vie), Léa et Mickaël (Le Monde des Mirons) et Robin (accompagnateur en montagne). Huit joueurs entre 20 et 60 ans, des pratiques très variées, des débutantes aux pratiquants confirmés.

Pour le côté pratique : Rando au Pic des Neiges est conçu par Günther Lehmann et François Jourjon (le fondateur de Randonner Malin), soutenu par la FFRandonnée et plusieurs parcs nationaux, financé en participatif, fabriqué en France. Le matériel est de bonne facture, le plateau joliment illustré, l'univers visuel cohérent. L'objet a une âme.

Ce que j'ai compris en cours de partie

plateau de jeu randonnée au pic des neiges

Au bout d'une demi-heure, j'ai eu un déclic qui a changé mon regard sur la soirée. Rando au Pic des Neiges, ce n'est pas tant un jeu qu'un prétexte à se raconter la montagne entre amis. La mécanique pure (questions-réponses, cartes-situations, déplacements sur le plateau) joue un rôle assez accessoire ; ce qui compte vraiment, c'est ce que chaque carte fait monter à la surface autour de la table. Une fois qu'on accepte ce postulat, le jeu prend tout son sens.

Quatre cartes, ce soir-là, ont déclenché des conversations qui valaient à elles seules le détour.

Le mazot, ou la mémoire des hameaux d'autrefois

Une carte demandait ce qu'était un mazot et à quoi il servait. Magali a trouvé : un petit chalet de bois construit séparément de la ferme, pour mettre à l'abri céréales, semences et habits du dimanche en cas d'incendie. Catherine a rebondi sur les fruitières, ces coopératives laitières qui descendent des installations d'alpage. On a parlé de ces hameaux où chaque bâtiment racontait une fonction, d'une époque où on construisait avec la peur du feu et de la disette. Vingt minutes de digression collective, hors plateau. C'est précisément là, je crois, que le jeu remplit le mieux son office.

L'eau du torrent

« Peut-on boire directement l'eau d'un torrent dans la vallée ? » : la réponse du jeu est non, car les troupeaux peuvent polluer l'amont. Vrai en vallée, certes. Mais en haute altitude, au-dessus de tout alpage, beaucoup de randonneurs (moi la première) boivent à la source sans filtre. La table s'est animée : où placer le curseur ? Quelle altitude ? Quelle saison ? Quel débit ? Une question pédagogique fermée s'est transformée en discussion ouverte sur la vraie manière d'évaluer un point d'eau. Le jeu en sort enrichi, même s'il n'avait pas prévu cette ouverture.

Le mont Elbrouz, ou l'Europe qui s'arrête où ?

« Quel est le plus haut sommet d'Europe ? » : la réponse du jeu indique le mont Elbrouz, 5 641 m, dans le Caucase russe. Marine et Clément ont relevé la tête : selon où l'on place la frontière géographique entre Europe et Asie, on peut tout à fait défendre le mont Blanc. Débat ouvert sur les conventions cartographiques, sur ce que l'Union internationale des géographes range d'un côté ou de l'autre. Encore une fois, le jeu a allumé une étincelle qu'il n'avait pas anticipée, et c'est très bien comme ça.

Couper ou ne pas couper les lacets

Une carte-situation pénalise le randonneur qui coupe les lacets d'un sentier en descente. Sur le principe, c'est juste : érosion, destruction de la flore, dérangement de la faune. Mais sur certains sentiers très fréquentés, les raccourcis successifs sont eux-mêmes devenus des traces, parfois balisées. Robin a raconté un cas qu'il avait vu dans le Mercantour ; Léa a embrayé sur ce qu'elle observait dans la Drôme. On en est venus à parler du sortie de sentier, précisément ce que nous avons fait le lendemain matin, sur un terrain qui s'y prêtait, pour découvrir une station d'edelweiss en fleurs. Un beau moment, justement parce qu'il était choisi et raisonné.

Ce qui m'a touchée dans le projet

Il y a une vraie générosité dans cette boîte. Le soin de la fabrication, la durée du travail (des années), le pari du financement participatif, le soutien d'institutions sérieuses (FFRandonnée, parcs nationaux). On sent une équipe qui n'est pas là pour vendre du divertissement, mais pour transmettre une culture du milieu, celle qu'on essaie nous aussi de partager dans nos séjours.

Le volet patrimoine et culture est particulièrement réussi : les fruitières, le mazot, le terme « harde » pour un troupeau de chamois, « éterlou » pour un jeune mâle de plus d'un an. De jolies pépites de vocabulaire qui restent en tête et qu'on a envie de raconter à son tour le lendemain en marchant. Côté faune, le chocard à bec jaune, le cassenoix moucheté qui sème malgré lui les pins cembros, la « sole » antidérapante au talon du bouquetin : autant de petites histoires qui font sourire et qui donnent envie d'observer.

Et la mécanique du jeu, alors ?

Pour être tout à fait honnête : à huit adultes aux profils très différents, la mécanique en elle-même a ses limites. Les questions oscillent entre l'évidence (la marmotte qui hiberne) et le très pointu (le desman des Pyrénées, qu'aucune de nous ne connaissait), sans toujours offrir d'échelon intermédiaire. L'attente entre deux interventions s'allonge un peu autour d'une grande tablée. Et certaines réponses fermées auraient gagné à devenir des cartes « à débattre », comme celles que je viens de raconter, mais assumées par le jeu lui-même.

Rien de bloquant : nous nous sommes arrêtés en haut du glacier sans finir la descente, davantage parce que le lever était prévu tôt que parce qu'on s'ennuyait. Ces points sont, à mon sens, des pistes naturelles pour une seconde édition : des questions étagées par niveau, des cartes « controverses » qui invitent au jugement plutôt qu'à la règle, et peut-être un mode plus court calibré pour les soirées refuge. Trois ajustements éditoriaux qui élargiraient considérablement le cercle.

Pour qui c'est un beau cadeau

Dans ma tête de conseillère voyage, j'ai déjà noté à qui j'allais l'offrir :

  • Aux parents qui veulent transmettre la montagne à leurs enfants entre 8 et 12 ans.
  • Aux animateurs nature, gardiens de refuge, accompagnateurs cherchant un support pédagogique vivant.
  • Aux familles qui randonnent un peu et veulent prolonger le sujet à la maison.
  • Aux amis qui partent en gîte avec une bande hétérogène et cherchent une activité qui parle à tous.

Pour une soirée entre montagnards aguerris, je le sortirais en deuxième partie, quand on a envie d'un format qui rebondit naturellement vers les souvenirs et les anecdotes. C'est là qu'il donne le meilleur de lui-même.

Le lendemain matin

Quand on a refermé la boîte ce soir-là, ce qui restait, ce n'était pas un score. C'étaient des bouts de patois (le mazot, l'éterlou, la fruitière), une discussion sur les frontières de l'Europe, un échange sur les sentiers et leur usage, et l'envie partagée d'aller voir l'edelweiss le lendemain. Pour un jeu qui se présente comme une initiation à la montagne, je trouve que c'est un assez bel hommage.

Merci à Günther et François pour la confiance, et à toute la tablée pour cette soirée au pied du Mont Aiguille.

Lorène, Grand Angle


Cette soirée a eu lieu lors d'un week-end de découverte du Vercors organisé avec plusieurs blogueuses et blogueurs voyage. Pour préparer votre propre escapade dans la région, voir nos adresses préférées dans le Vercors ou nos séjours rando dans le massif.

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