Pendant des années d'accompagnement avec Grand Angle, j'ai photographié des murs au bord des chemins. Certains protégeaient une île ou un village, d'autres retenaient la terre, guidaient les troupeaux ou reliaient deux rives. De Sark aux Cyclades, ces constructions modestes racontent autant le travail quotidien que l'histoire des lieux. Voici celles qui m'ont arrêté en chemin.
Des murs pour protéger
Quatre murs et un toit... Il est une prison qui m'a toujours séduit par ses dimensions, celle de Sark, dans les îles anglo-normandes.

La prison de Sark © François Ribard
La prison actuelle date de 1856 et ne comporte que deux cellules. À Jersey, les ruines de Grosnez racontent une autre fonction du mur : la construction de ce château a commencé vers 1330, dans un contexte de raids et de tensions avec la France.

Grosnez Castle sur l'île de Jersey © François Ribard
À Corfou, les ruines de la forteresse d'Angelokastro occupent un éperon rocheux au-dessus des oliviers et de la mer Ionienne. Sur place, le rôle défensif du site se lit encore dans sa position.

La forteresse d'Aggelokastro sur l'île de Corfou © François Ribard
Sur l'île de Paxos, le château d'Agios Nikolaos a commencé à être construit en 1423 pour protéger les habitants des raids de pirates. D'autres murs, plus modestes, accompagnent encore les chemins de l'île.

Chemin bordé de murs sur Paxos © François Ribard
À Paleochora, ancienne cité fortifiée de Cythère, les murailles en ruine rappellent aussi qu'une enceinte ne suffit pas toujours à protéger celles et ceux qui vivent derrière. Elles se confondent aujourd'hui avec le gris des falaises.

Le Kastro de Paleochora ruiné par Barberousse sur l'île de Cythère © François Ribard
Car si les murs sont sensés protéger ceux qu'ils abritent, ils peuvent aussi se révéler un piège duquel il est difficile de s'échapper. On peut y contraindre les animaux comme sur Inishmore, la plus grande des îles d'Aran, battue par les vents, à l'ouest de l'Irlande.

Âne sur Inishmore, la principale des îles d'Aran en Irlande © François Ribard
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La pierre sèche dessine le paysage
Dans le Burren, les murs de pierre sèche sont montés sans mortier. Leurs interstices leur donnent cette allure de dentelle, tout en dessinant les parcelles où paissent brebis et chevaux.

Mur de pierres sèches dans le Burren en Irlande © François Ribard
Tout comme les portes gardant les passages obligatoires pour hommes et bêtes et que le temps, allié de l'air marin ronge inexorablement.

Portail dans un mur sur Inishmore la principale des îles d'Aran © François Ribard
Quelques pierres, l'ouvrage du temps, le regard des hommes : les murs peuvent aussi devenir des œuvres. On retrouve cette beauté née de l'usage sur l'île d'Andros, la plus septentrionale des Cyclades.

Muret bordant le chemin sur l'île d'Andros © François Ribard
À Andros, certaines pierres posées de chant donnent au mur un rythme particulier. Les personnes qui les ont bâtis répondaient d'abord aux besoins du terrain ; le résultat retient pourtant le regard. Beauté intrinsèque des murs mais aussi support de couleurs, d'œuvres artisanales comme celles d'un céramiste de Ravello sur la côte amalfitaine.

Ravello sur la côte amalfitaine © François Ribard
Dans nos montagnes ou nos îles, peu de tags ont été peints sur les murs. Le tag est un geste citadin. Mais d''autres types de peintures peuvent apparaître sur des murs en ruines comme les fresques à demi effacées de la chapelle de Taxiarchis sur les pentes du mont Pantokrator sommet de l'île de Corfou.

Fresque de la chapelle de Taxiarchis sur l'île de Corfou © François Ribard
Quand les murs se mêlent au jardin, ils changent encore de rôle : murs de fleurs, de fruits ou de neige, comme dans le parc du château de Linderhof, en Bavière.

Château de Linderhof sous la Neige © François Ribard
Des murs naturels et des terrasses
Quand le mur se confond avec la nature, cela prend parfois des dimensions monumentales. Entre pierre et falaise, il n'y a parfois qu'une différence de degré. Mais quelle différence ! Ainsi lors de la traversée du massif dolomitique Puez-Odle durant le séjour ralliant Munich à Venise : « Je vois bien le mur mais... pas le chemin ! » entend-on susurrer dans les rangs. Et pourtant, il est là, astucieux, jouant avec les failles et les passages secrets qui entaillent la grande muraille.

Parc Puez Odle dans les Dolomites © François Ribard
Plus modestement les murs savent se mettre à plusieurs, se fondre entre des plantations, de légumes, de cannes-à-sucre ou de vignes, et, miraculeusement, créer du paysage. Il n'y a qu'à contempler les alignements de terrasses sur l'île de Madère ou les murets de la côte Vermeille qui retiennent la terre et orientent la circulation des eaux de pluie, pour goûter à ce charme des terrasses dont l'usage remonte à des siècles quand ce ne sont pas des millénaires.

Madère, lévada des mimosas © François Ribard

Côte Vermeille © François Ribard
Alors bien sûr, si généralement, on marche entre les murs on peut aussi les franchir voire progresser sur leur cime.

Cythère, Milopotamos © François Ribard
C'est aussi ce que permettent les anciens forts de pierre des îles d'Aran. Dún Aonghasa, le plus vaste, porte des traces d'occupation vieilles de plus de 3 000 ans.

Dun Duchatair sur Inishmore en Irlande © François Ribard
Quand le mur relie deux territoires
Dans certains cas, le mur devient un pont. Après la libération de Sark, des prisonniers de guerre allemands ont reconstruit la Coupée, l'isthme étroit entre Sark et Little Sark, et posé les supports en béton et les garde-corps encore visibles aujourd'hui.

Sark, la Coupée © François Ribard
Ces travaux ont rendu le passage plus sûr entre les deux territoires. D'autres murs gardent la mémoire d'une catastrophe, comme les vestiges de Pompéi, ensevelis lors de l'éruption du Vésuve en 79.

Pompéi © François Ribard
Depuis, je regarde autrement ces ouvrages croisés en randonnée : chacun dit quelque chose du terrain, du travail et de la mémoire d'un lieu.
Crédit texte et photo © François Ribard, accompagnateur Grand Angle

















