Relier Briançon à Menton à pied, c’est voir les Alpes changer jour après jour : les cols du Queyras laissent place aux vallées de l’Ubaye, puis aux lacs du Mercantour avant la descente vers la Méditerranée. J’ai parcouru et accompagné cette traversée au fil des années. Je partage ici les passages qui donnent tout son relief à cet itinéraire.
Le parcours décrit s’inspire de la GTA, du GR5 et de la Via Alpina, avec quelques variantes et transferts choisis pour rester près des cimes. Il s’agit d’un récit de terrain, pas d’un topo à suivre les yeux fermés : l’enneigement, la météo et les règles des espaces protégés peuvent modifier une étape.
Le départ du parc naturel régional du Queyras
La première fois que j’ai entendu parler de la Grande Traversée des Alpes de Briançon à Menton, j’étais adolescent. Un ami était revenu radieux de ces quinze jours de randonnée en brandissant ses chaussures Trappeur poussiéreuses comme gage de ce tour de force. Je l’ai considéré avec admiration sans me douter que quelques décennies plus tard, je deviendrais à mon tour un habitué de la traversée des Alpes du Sud.
La traversée historique du Léman à la Méditerranée suit le GR5 sur environ 600 kilomètres. Son tracé figure sur les cartes depuis 1950 ; chacun peut aujourd’hui le parcourir en entier ou choisir une section. Ici, nous partons de Briançon pour nous concentrer sur sa partie méridionale.
Passons sur les étapes situées au nord du quarante-cinquième parallèle pour entrer dans le monde lumineux des Alpes du sud.

Montée au Col Vieux © François Ribard
Le parcours que j’ai accompagné ces dernières années pour Grand Angle emprunte des sections de la GTA, du GR5 et de la Via Alpina. Il s’en écarte parfois pour rester près des cimes et des lacs, avec quelques transferts qui évitent des portions moins agréables à pied. La traversée passe par le parc naturel régional du Queyras et le Parc national du Mercantour. En début d’été, j’y ai souvent trouvé une floraison particulièrement généreuse.
Dans les secteurs protégés, nous avons régulièrement observé des marmottes, des chamois et des bouquetins. Cette proximité reste une chance : gardons nos distances pour ne pas les déranger.
Le rendez-vous à Briançon permet aux randonneurs arrivés tôt de profiter de la cité Vauban. Tout le groupe se retrouve à la gare pour un transfert jusqu’au Fonts-de-Cervières, un ancien hameau pastoral qui rassemble quelques beaux chalets tout au bout de la vallée de la Cerveyrette. À 2040 mètres d’altitude, au pied du Pic de Rochebrune (3321 m), le premier gîte met tout de suite le groupe dans l’ambiance montagnarde des Alpes du Sud. Une ambiance que l’étape du lendemain affirmera encore.

Montée sur la crête de Malrif © François Ribard
De la crête schisteuse qui sépare le Briançonnais du Queyras, où la neige aime s’attarder en début de saison, le regard porte loin sur la ligne de 3000m qui borde le massif au sud, jusqu’au Mont Viso à l’est. Première descente, premier lac d’une longue série avant de longer les flancs de la vallée du Malrif où le début d’été révèle une profusion de fleurs.

Descente le long du Malrif © François Ribard
Voici Abriès. Les bourgs où l’on peut s’arrêter en terrasse sont peu nombreux durant ces deux semaines, alors nous en profitons. Le circuit des pierres écrites, ces blocs gravés sur les façades, donne aussi une autre lecture du village.
Le lendemain, l’ascension sous le mont Viso passe par les lacs Égorgéou et Foréant avant de gagner le col Vieux. Lorsque l’air est clair, le regard porte jusqu’au mont Blanc et à la Barre des Écrins. Nous traversons ensuite vers le col Agnel, au pied du Pain de Sucre, puis descendons jusqu’au village piémontais de Chianale. Après le lac Longet, où l’Ubaye prend sa source, la longue descente vers Maljasset traverse de vastes alpages. Un court transfert jusqu’à Fouillouse nous place au départ d’une étape passant près de l’ancien casernement de Viraysse et des ouvrages fortifiés engagés lors des combats de juin 1940.

Au-dessus des baraquements de Viraysse © François Ribard
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La découverte du Parc du Mercantour
La journée du col de Larche au refuge de Vens reste l’une de celles qui m’enthousiasment le plus. Les marmottes, les passages variés et la succession des lacs y sont sans doute pour beaucoup. Au pas de la Cavale, les sommets de la haute Tinée se découvrent peu à peu.

Au Pas de la Cavale (2671m) © François Ribard
Près des lacs d’Agnel, nous quittons le tracé principal pour remonter le long des lacs jusqu’au pas de Morgon, puis au refuge.
Les lacs de Vens accompagnent le début de la longue descente vers Saint-Étienne-de-Tinée, dernière occasion de profiter d’un bourg animé avant un transfert jusqu’en Vésubie. Les étapes les plus longues sont derrière nous. Blocs de granite, mélèzes et pins cembro bordent le chemin. Avec un peu de discrétion et de distance, il est aussi possible d’apercevoir chamois et bouquetins.

Jeune bouquetin mâle près du Col de Fenestre © François Ribard
Entre Le Boréon et la Madone-de-Fenestre, nous marchons au pied de la cime du Gélas, point culminant du Mercantour à 3 143 mètres. Une étape plus courte longe ensuite plusieurs lacs glaciaires sous les sommets frontaliers avec l’Italie. Elle nous conduit à Saint-Grat, dans la vallée de la Gordolasque, où nous profitons d’une fin d’après-midi de repos. Dès l’aube, la montée au pas de l’Arpette ouvre l’accès à la vallée des Merveilles. Plusieurs accompagnateurs de l’équipe Grand Angle détiennent l’agrément nécessaire pour guider un groupe dans le secteur réglementé des gravures.

Gravure de la vallée des Merveilles © François Ribard
Cet agrément individuel, renouvelé chaque année, permet aux professionnels d’accompagner un groupe dans la zone réglementée. Nous pouvons ainsi observer des motifs connus comme le Sorcier et l’Anthropomorphe aux bras en zigzag, au milieu de roches aux teintes changeantes ponctuées par le bleu des lacs.

Dessin des gravures par le randonneur Éric Ruelle © François Ribard
L’arrivée sur le littoral de Menton
Nous quittons ces hautes terres enchantées par le Pas du Diable où pour peu que l’atmosphère soit claire, nous voyons scintiller la Méditerranée au-delà des cités du littoral. En gagnant le plateau de l’Authion, à 2000 mètres d’altitude, nous retrouvons les ouvrages militaires fortifiés à la fin du XIXe siècle, puis renforcés lors de l’édification de la ligne Maginot alpine, dans un univers pastoral à la richesse floristique rare.
Des abords du Col du Turini à Sospel il reste du chemin à parcourir pour la plus longue étape qui nous fait passer du pin cembro à l’olivier en longeant les crêtes qui dominent la vallée de la Bévéra. L’étape en hôtel à Sainte-Agnès, présentée par l’office de tourisme régional comme le plus haut village littoral d’Europe, précède la dernière descente vers la Méditerranée et les ruelles du vieux Menton.

Goéland leucophée © François Ribard
Pour préparer une itinérance dans la région, retrouvez nos randonnées dans les Alpes du Sud.
Crédits texte & photos : © François Ribard


















